« Ton Seigneur t’ordonne de n’adorer que Lui, de traiter avec bonté ton père et ta mère »

« Ton Seigneur t’ordonne de n’adorer que Lui, de traiter avec bonté ton père et ta mère »

Au nom de Dieu Le Miséricordieux, Le Très Miséricordieux

« Ton Seigneur t’ordonne de n’adorer que Lui, de traiter avec bonté ton père et ta mère »

Imam Ahmed Limame – Imam du centre Islamique de l’Outaouais | imam@cio-oic.ca

       Ô! Dieu, nous vous implorons de faire que notre assemblée soit bénie, et que notre dispersion soit immunisée, qu’il n’y ait pas en nous et  parmi nous qui soient voués à la perdition et à la privation. Tu Es Le Protecteur et l’Omnipotent. Amen. Dieu, l’Exalté, Le très Haut dit dans la sourate d’ Al–Isra’ : « Ton Seigneur t’ordonne de n’adorer que Lui, de traiter avec bonté ton père et ta mère. Et si l’un d’eux ou tous les deux atteignent, auprès de toi, un âge avancé, ne leur dis pas : «Fi !» Ne leur manque pas de respect, mais adresse-leur des paroles affectueuses ! Et par miséricorde, fais preuve à leur égard d’humilité et adresse à Dieu cette prière : «Seigneur ! Sois miséricordieux envers eux comme ils l’ont été envers moi, quand ils m’ont élevé tout petit !»». La clémence vis-à-vis des parents n’est pas seulement une loi islamique, mais un pacte scellé entre Dieu, l’Exalté, Le très Haut et les communautés qui nous ont précédé. Ceci est le point commun entre la croyance et l’éthique générale dans toutes les communautés. Dieu, l’Exalté, Le très Haut, dit à ce propos : « Nous avons fait prendre aux fils d’Israël l’engagement de n’adorer que Dieu, d’être bons envers leurs père et mère». C’est un pacte que Dieu a conclu avec les fils d’Israël, et qu’il a passé aussi avec cette communauté, c’est un point commun entre la croyance et l’éthique générale qui ne fut jamais abrogé ni modifié d’une loi à une autre et d’un message à un autre.  Ô ! Mon Dieu, guide nous sur la bonne voie, et octroie-nous la clémence vis-à-vis de nos pères et mères. Amen.

Bien, continuons avec ce verset, pour (découvrir) d’autres aspects concernant ce sujet selon le temps qui nous est imparti. Dieu, l’Exalté, Le très Haut dit : «Ton seigneur a décrété ». Le décret visé ici  est le décret légal divin  et non le décret universel. La différence est à souligner ici  car il a été la voie d’accès à certains égarés parmi les mystiques pour parler de l’unité transcendantale de l’être.

Le sens de ‘’décréter’’ ne renvoie pas au sens de décret universel et au destin mais plutôt à celui de responsabilité, d’ordre et d’interdit, c’est-à-dire à la loi religieuse et non à loi universelle. En effet, les égarés qui ont emprunté cette voie, ont dit : « Regardez, Dieu, l’Exalté, Le très Haut, qui dit : « Ton seigneur a décrété : n’adorez que lui ».  Cela sous-entend, que Dieu étant Omnipotent, il n’y a d’adoration que pour Dieu, et donc quelque soit l’objet d’adoration dans ce monde, on ne peut adorer que Dieu , que cela soit un objet, une statue , un arbre, le soleil, la lune ou un être humain car Dieu a bien dit : «Ton seigneur a décrété : n’adorez que lui». Y-a-t’il quelqu’un dans ce monde qui peut changer le décret divin?  Y-a-t-il quelqu’un qui peut changer la destinée? Du moment qu’il n’y a personne qui peut prétendre à cela, alors on ne peut qu’adorer Dieu. Ainsi donc, pour eux tout ce qui fait l’objet d’adoration ne peut être que Dieu. Et, partant de là, ils ont accédé à la question de l’incarnation et à celle de l’unité transcendantale de l’être.

Le Seigneur est serviteur et le serviteur est seigneur. Qui est donc ordonné ? Si tu dis serviteur, celui-ci est seigneur ; si tu dis seigneur comment peut-il être ordonné ? Un non sens qui s’est faufilé par cette porte. Quant à nous, nous allons tenter de clarifier, ici, le sens de décret divin (Qaada). Qu’en est –il au juste ? Le décret divin, légal suppose l’obligation religieuse des sujets concernés. Cela veut dire que Dieu ordonne, prescrit et charge le sujet d’accomplir telle chose, l’oblige et légifère.

«Ton seigneur a décrété : n’adorez que lui, et faites le meilleur envers les pères et mères. S’ils atteignent chez toi la vieillesse, l’un d’entre eux ou tous les deux ». L’ange Gabriel a dit à ce sujet : « Qu’il soit bafoué, celui dont les parents ou l’un deux parvient à la vieillesse, sans lui avoir  occasionné l’accès au paradis ». Le prophète, que Dieu prie sur lui et le salue, a approuvé en disant : « Amen ». La subtilité du Coran en utilisant le mot « chez toi » « s’ils atteignent chez toi» est à souligner ici. Car il insinue qu’ils sont devenus chez toi, comme lorsque tu étais chez eux, hier, quand tu étais  enfant, quand tu étais petit. Alors, maintenant ils sont chez toi. «S’ils atteignent chez toi la vieillesse, l’un d’entre eux ou tous les deux, ne leur dit point : Ouf !» .S’il y avait eu un mot plus négatif que celui là, le Coran l’aurait certainement  employé. On dit que l’interdiction du plus bas, indique sans équivoque, celle du plus haut .Ainsi, s’il est interdit de dire ouf, raison de plus pour ce qui est des insultes, des tabassages ou de toute forme de nuisances. L’expression, par la voie de cette formulation, prouve l’interdiction, sans appel, de tout ce qui peut prêter à la nuisance soit en se plaignant d’eux ou en montrant de

L’exaspération à leur égard. Alors, apprends à supporter tout ce qui émane d’eux, par ignorance ou par erreur.

« Ne les repousse pas » N’élève pas la voix quand tu t’adresses à eux, ne leur parle pas en criant et en montrant de l’exaspération ou de la colère .Ne les regarde pas de profil ni avec rudesse .Ne claque pas des mains pour les congédier ou pour les contraindre à faire quelque chose.

« Ne les repousse pas ». Puis après cela, Il dit : « Et dis-leur des paroles bienveillantes » .Après avoir interdit  les mauvaises paroles ainsi que les actes de ce genre, Il ordonne d’user de bonnes paroles et de bonnes actions, c’est-à-dire de les traiter avec bienveillance. Il dit à ce propos : «Et dis-leur des paroles bienveillantes » ceci en paroles, puis après en actes : «Et sois modeste envers eux, par miséricorde» c’est-à-dire soit modeste par tes actes, par miséricorde et par humilité pour eux, et par reconnaissance pour leurs bienfaits à ton égard. Traite les  comme le serviteur qui s’avilie devant son maitre, nourris-les comme c’est d’usage, réponds à leur invitation, rends leur service,  sois  compréhensif et indulgent quand ils font des  erreurs et ne soit pas exaspéré par leurs paroles. En effet, les vieux vivent dans leurs souvenirs, et ils ne cessent de les répéter cent fois, car ils oublient ce qu’ils  ont raconté, alors ils répètent le même discours plusieurs fois. Gardes –toi d’être exaspéré devant un tel comportement et fais comme si tu entendais leurs histoires pour la première fois puis réagis en conséquence, tantôt en éprouvant de la joie, tantôt en feignant la surprise afin de leur donner  l’impression de quelqu’un qui découvre ces choses pour la première fois. Bref entraine –toi à être patient, à ne pas t’exaspérer et être un bon interlocuteur.

Où trouverai-je la personne que j’énerve

Et que j’exaspère et qui répond par la clémence

Tu le vois entendre par l’ouie

Et le  cœur, et peut –être qu’il est plus instruit.

Il est plus instruit que ce que je raconte, mais il m’écoute toute ouie, comme s’il l’entendait pour la première fois. Ce sont là des formes d’éducation et de politesse que nous devons cultiver à l’égard de nos parents. Abou Hourayra , que Dieu soit satisfait de lui, a remarqué un homme qui marchait derrière un autre homme.  Il lui a demandé : « Qui est-ce » ?  Celui qui suivait a  répondu : « C’est mon père ». Abou Hourayra lui a dit : «  Ne l’appelle pas par son nom, ne t’assied pas avant lui, ne marche pas devant lui ». De bons conseils qui nous sont très utiles par ces temps qui ont vu se perdre les valeurs de sollicitude à l’égard des parents. J’implore Dieu pour moi et pour vous, afin qu’il nous octroie la bénédiction et le salut.

Vous devez connaitre l’histoire de Jourayj l’ascète, l’un des fils d’Israël, comme l’a rapportée Al Boukhari. Mais même si nous la connaissons, il est toujours utile de la raconter de nouveau.

Jourayj était un croyant fervent qui adorait Dieu dans son monastère. Sa mère lui a rendu visite.

Elle s’est arrêtée devant le monastère et a commencé à l’appeler en levant la tête en direction de son refuge. Elle lui disait : « Hé ! Jourayj, je suis ta mère parle moi ».

Comme il était en train de prier, il a préféré ne pas interrompre la prière pour lui parler. Sa mère est donc partie puis elle est revenue le lendemain et l’a, de nouveau, interpelé : « Hé Jourayj, je suis ta mère, parle moi ». Comme il était, aussi, en train de prier, il a préféré ne pas s’interrompre. Alors, lassée de ne pas entendre de réponse, sa mère a invoqué Dieu en disant : « Ô ! Mon Dieu, voici Jourayj, c’est mon fils, il refuse de me répondre. Dieu, faites qu’il ne meurt pas avant d’avoir vu des prostituées ». Que Dieu soit exalté! Elle n’a imploré Dieu que pour la vision et Dieu lui a inspiré une invocation sans conséquences graves car son fils, qui était entrain de faire la  prière,  a estimé que ce qu’il faisait devait passer en premier et il a continué sa prière.

Par ailleurs, il y avait un berger qui avait pris l’habitude de chercher refuge dans un monastère. Là, il se livrait, parfois, à des relations intimes avec une fille de joie du village voisin. La femme n’a pas tardé à tomber enceinte et a donné naissance à un enfant. On lui a, alors, demandé  des comptes.  Elle n’a pas hésité  à accuser Jourayj le maitre du monastère d’être le père de l’enfant. En entendant la nouvelle la foule est accourue, armée de pioches et de bêches.

La foule a encerclé le monastère et a appelé Jourayj. Comme il  faisait la prière, il n’a pas répondu  à leur appel. Aussi, la foule s’est-elle mise à détruire les murs du monastère. Les voyant s’affairer, il s’est précipité vers eux et ils lui ont dit : « Demande à celle-là ».

Alors, Jourayj a souri. Il s’est avancé vers l’enfant, l’a caressé et lui a demandé : « Qui est ton père? ». L’enfant a  répondu : « Le berger qui garde ces moutons ».

En écoutant cet enfant prodige, la foule a demandé à Jourayj de lui permettre de colmater la brèche, qu’ils ont ouverte dans l’enceinte du mur, en or et en argent. Mais il leur a dit : « Remettez –la dans son état initial».

La morale de cette histoire, c’est que Dieu, tout en sachant que Jurayj n’a pas répondu à sa mère non pour une raison futile ou une activité mondaine ou par dépit, a donné satisfaction à cette dernière. Le Prophète, que Dieu prie sur lui et le salue, a dit à ce propos : « Si elle avait invoqué Dieu pour une épreuve, Jourayj l’aurait subite ». C’est à dire que si elle avait invoqué Dieu pour faire subir à son fils un acte de dépravation, il l’aurait encouru.

Sur la base de ce hadith, les hommes de science ont estimé, que si quelqu’un entame une prière bénévole, c.-à-d. surérogatoire, et qu’il est sollicité par l’un de ses parents, il est licite d’interrompre la prière afin de répondre à leurs vœux. Car la réponse aux parents est une obligation, alors que la prière, lorsqu’elle est  facultative est, certes, appréciable mais ce qui est appréciable ne prend pas sur ce qui est obligatoire.

C’était là, mes compagnons dans l’amour de Dieu, quelques éclaircissements à propos de l’attitude à tenir vis-à-vis des parents.

J’espère, mes compagnons dans l’amour de Dieu, que nous serons attentifs à ces éclaircissements   et que ce message sera divulgué  parmi nous. J’implore Dieu, pour vous et pour moi, afin qu’il nous guide sur la voie du succès, de la clairvoyance et de la justesse.

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