Une page de l’histoire de l’islam et des musulmans en Andalousie

Une page de l’histoire de l’islam et des musulmans en Andalousie

Au nom de Dieu Le Tout Miséricordieux et Le Très Miséricordieux

Une page de l’histoire de l’islam et des musulmans en Andalousie

Imam Ahmed Limame – Imam du centre Islamique de l’Outaouais | imam@cio-oic.ca

Mes compagnons dans l’amour de Dieu.  En ce lieu même, consultons ensemble une page de l’histoire de l’islam et des musulmans en Andalousie,  à travers un récit rapporté par Al Hafedh Ad-Dhahabi, dans le livre qu’il a écrit ‘’Contes des gens illustres’’ ( Syar ‘alam al noubala). Mais  avant de passer en revue ce récit, essayons de donner, à titre de prélude, un bref aperçu sur la situation des musulmans en Andalousie au moment où ils dominaient le pays. Les musulmans ont dominé l’Andalousie durant presque huit siècles sans discontinuité .Au début de leur domination, ils faisaient figure de remplaçant de Dieu. Les historiens disaient à ce propos : « Lorsque vous passez dans les ruelles de l’Andalousie, à l’aube, durant cette époque, vous voyez toutes les maisons  éclairées  et vous entendaient les psalmodies du Coran qui y émanaient comme le bourdonnement des abeilles. Puis est venu  le temps des discordes et l’avènement des entités ethniques, qui se sont constituées en factions rivales, en partis et en communautés tribales. Chacun d’eux a cherché appui auprès des parties adverses parmi les non musulmans. Ces derniers  n’ont pas trouvé mieux que d’attiser les conflits et d’alimenter les germes de la discorde. Ainsi a été  scellée leur destinée comme convenu selon les visées occultes  de la volonté divine. Ils se sont éparpillés de par le monde. Leur état s’est disloqué.  Leur pouvoir s’est beaucoup amoindri et leur dernier souverain fut contraint de quitter l’Andalousie au coucher du soleil, en se lamentant sur son sort.  A ce moment là, une vieille femme l’a vu et lui a dit :

Pleure, comme les femmes, un royaume perdu

Que tu n’as pas su sauvegarder, comme le  font les hommes

Et maintenant revenons au récit tel que l’a rapporté l’historien Al Hafidh Ad-Dhahabi, que Dieu bénisse son âme de sa large bénédiction.

Suite à son ascension au trône de l’Emirat de Cordoue en Andalousie, Al Hakam Ibn Hichem Ibn  Abderrahmane s’est empressé de s’entourer d’une pléiade de gens peu scrupuleux, versés plutôt dans la dépravation et la luxure. Il  a succombé, à son tour,  aux grands péchés et a commis les interdits décriés par la morale et la loi. Ce qui n’a pas manqué  d’alerter l’opinion et de mobiliser les théologiens (fouqahas) qui tentèrent de fomenter un soulèvement contre son autorité. Mais devant leur échec, la réaction a été impitoyable et la répression a décimé  le corps des théologiens, à l’exception de quelques rescapés qui ont réussi à fuir. Parmi ces derniers figure l’Imam Talout Ibn Abd-El-Jabbar, disciple de l’Imam Malik Ibn Anas, le maitre de Médine et fondateur du rite malékite. L’imam Talout a, d’abord, trouvé refuge auprès de son voisin juif, qui a veillé, durant toute une année, à sa sécurité, a  subvenu à ses besoins  et a occulté sa présence aux agents du despote. Mais après qu’une année se soit écoulée, L’imam Talout, s’est senti de trop auprès de son protecteur.  Il l’a convoqué, alors,  dans son refuge, l’a remercié de son hospitalité, de sa bravoure et de sa magnanimité et lui a dit:   « J’ai décidé de sortir demain et d’aller rencontrer le ministre Abi Bassam. Je lui ai enseigné la lecture du Coran et la science, et je suis en droit de lui réclamer une reconnaissance en guise de devoir pour l’enseignement que je lui ai dispensé et la convivialité. Je sais qu’il dispose d’une bonne audience auprès de l’émir Al Hakam, et à ce titre il se peut qu’il soit en mesure d’intercéder en ma faveur pour garantir ma sécurité et ma quiétude ».  Le juif lui a répondu: « Ô ! monseigneur, ne faites pas cela, je crains pour vous la fureur d’Al Hakam ». Puis le juif s’est mit  à jurer par tous les serments  et lui a dit : « Même si tu restes chez moi le restant de ta vie, je ne serai jamais embarrassé ». Mais L’imam Talout  n’a pas suivi ses conseils et a persisté dans son intention de sortir de son refuge. Il a quitté son refuge sous couvert de la nuit tombante, s’est présenté devant la maison du ministre et a sollicité sa visite. Le ministre lui a accordé la permission d’entrer et l’a accueilli avec toutes les faveurs puis il lui a demandé où il était durant toute cette période.  Imam Talout n’a pas manqué  de lui révéler son histoire avec le juif puis il lui a demandé d’intercéder en sa faveur auprès de l’émir Al Hakam pour garantir sa sécurité. Le ministre lui a promis de faire tout ce qui était en son pouvoir pour l’aider. Puis laissant Imam Talout sous bonne escorte, il est sorti illico-presto pour aller  rencontrer l’émir Al Hakam.  En arrivant devant l’émir Al Hakam, le ministre s’est empressé de lui annoncer la bonne nouvelle en lui disant : «  Je vous ai apporté un cadeau, Imam Talout, le chef de file des hypocrites, j’ai, enfin,  réussi à le capturer ». L’émir lui a dit : « Debout et amène le tout de suite ». Ainsi, on a amené Imam Talout enchainé, jusque dans la cour de l’émir, qui bouillonnait déjà de colère à son encontre .Quand l’émir l’a aperçu, il n’a pas cessé de répéter : « Talout , Talout , Louanges à Dieu qui m’a permis de t’attraper. Par Dieu, je vais te faire tuer de la manière la plus cruelle. Comment as-tu osé porter atteinte à ma dignité? L’Imam Talout lui a répondu : «  Je ne trouve rien à dire en cette circonstance que ce qui suit : par Dieu je ne vous ai manifesté ma rancune que par égard à Dieu seul, quand je me suis rendu compte que vous avez dévié de la voie de la vérité  et je n’ai fait à ton encontre que ce Dieu me recommande de faire en pareille circonstance». Devant ces propos, la colère de l’émir s’est apaisé  puis il a dit : « Ô ! Talout, par Dieu, je t’ai fait venir en ayant formulé le vœu de te faire subir toute sorte d’atrocités  mais j’ai été empêché et je t’informe  que celui, pour qui tu m’as détesté, m’a dissuadé de te poursuivre. Va, je t’ai pardonné ». Puis l’émir lui a demandé : « Ô ! Imam dis-moi comment tu t’es laissé capturer par le vizir Abou Bassam ? ». L’imam lui a répondu : « Mais c’est moi qui me suis livré à lui en toute confiance, pensant qu’il devait m’être reconnaissant  car je lui ai enseigné le Coran et la rhétorique, et je lui ai demandé d’intercéder en ma faveur auprès de vous. Mais il s’est comporté comme vous l’avez vu ».  L’émir lui a demandé : « Où  étais- tu  avant d’aller le voir?». Talout lui a confessé son histoire avec le juif. Alors , l’émir est resté pensif un instant , puis s’est adressé à son vizir Abi Bassam et lui a dit : « Comme tu es vil , que Dieu te batte oiseau de mauvaise augure. Un juif, supposé être l’ennemi de la communauté musulmane, lui a fait honneur en considération de sa science et de sa religion. Il a prit le risque de l’aider, alors que toi tu l’as trahi quand il s’est adressé à toi. Oiseau de mauvaise augure. N’était-il pas plus commode que tu lui sois reconnaissant pour t’avoir enseigné? Ne sais-tu pas qu’il est parmi les meilleurs de ta communauté ? Et de plus tu as cherché à nous enfoncer d’avantage dans ce pétrin de vengeance que nous avons déjà perpétré. Sors de chez moi, que Dieu te maudisse et qu’Il fasse  que nous ne verrons jamais ta face le jour du jugement dernier .Je ne veux plus te voir è partir  d’aujourd’hui oiseau de mauvaise augure ». Enfin, il l’a congédié du ministère et lui a réduit ses prébendes. Quelques années plus tard, les gens ont vu ce vizir, hypocrite et menteur, dans une situation déplorable .On lui a demandé : « Que t’est-il arrivé ? ». Il a répondu : «  J’ai succombé sous l’effet de l’invocation du théologien Ibn Talout. L’émir Al Hakam a envoyé par la suite, une missive au juif lui annonçant la suspension de l’impôt de la capitation (Jizyah) auquel il était soumis en tant que membres des gens du livre et lui a accordé d’autres faveurs. Le juif, voyant ce qu’il lui arrivait, s’est empressé de se convertir à l’islam. Quant à Ibn Talout, il a continué sa vie paisiblement, sous protection de l’émir, jusqu’à sa mort. L’émir Al Hakam a assisté à ses funérailles et l’a  gratifié de tous les honneurs en  faisant valoir sa sincérité, sa bravoure et sa science.  Ainsi prend fin le récit.

Que Tu sois exalté, comme Tu es clément, Ô !  Mon Dieu : « et le jour où ils seront ramenés vers lui, il les informera alors de ce qu’ils ont fait ».

« Quand alors leur terme échoit Allah omni -voit sûrement Ses serviteurs»

« Toi tu mourras, et eux mourront, ensuite le jour de la résurrection, auprès de votre seigneur vous vous  disputerez ».

Je prie Dieu pour moi et pour vous afin qu’Il nous procure la bonne santé. Je prie Dieu pour moi et pour vous pour qu’Il nous guide sur la voie du succès et de la clairvoyance.

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