A propos du changement des lois sur l’héritage et de la levée des mesures restrictives concernant le mariage des musulmanes avec des non musulmans

A propos du changement des lois sur l’héritage et de la levée des mesures restrictives concernant le mariage des musulmanes avec des non musulmans

Au nom de Dieu Le Miséricordieux, Le Très Miséricordieux

A propos du changement des lois sur l’héritage et de la levée des mesures restrictives concernant le mariage des musulmanes avec des non musulmans

Imam Ahmed Limame – Imam du Centre Islamique de l’Outaouais | imam@cio-oic.ca

Mes compagnons dans l’amour de Dieu.

A l’occasion de ce qui se dit dans certains pays islamiques, à propos de la réflexion sur l’éventualité de procéder au changement des lois sur l’héritage, de la levée des mesures restrictives concernant le mariage de la musulmane avec un non musulman  et des voix qui s’élèvent pour dire que ce sont là des questions soumises à un effort de réflexion, dont le but final est d’ordre intentionnel, qui vise la réalisation des intérêts humains. Et que les intérêts et les commodités changent en fonction du temps, de l’espace, et de la  situation du moment, de telle sorte que ce qui a été  un bienfait au temps du Prophète peut devenir un méfait de nos jours et vice versa.

Examinons les versets coraniques à ce propos, et je vous invite à y réfléchir, que Dieu vous bénisse. Le verset de la « Sourate de l’Éprouvée (Al-Mumtahana) » au sujet de l’interdiction du mariage des musulmanes avec des non musulmans : Le verset débute comme suit : «ô vous qui avez cru ! Quand les croyantes viennent à vous en émigrées, mettez leur foi à l’épreuve, bien que Dieu soit le mieux Informé de la sincérité de leur foi; si vous constatez qu’elles sont croyantes, ne les renvoyez pas aux mécréants. Elles ne sont pas licites [en tant qu’épouses] pour eux, et eux non plus ne sont pas licites [en tant qu’époux] pour elles. ». Et le verset se termine ainsi : « Tel est le jugement d’Allah par lequel Il juge entre vous». Y-a-t-il une affirmation aussi nette, aussi claire que cela?  Au début du verset Dieu, Le très Haut dit : « ni elles ne leur sont licites, ni eux ne sont licites pour elles ». Et à la fin du verset : «Tel est le jugement d’Allah par lequel Il juge entre vous, et Allah est Omniscient et Sage». Il n’y a pas aussi net, aussi clair, et aussi significatif, pour prouver que cette sentence est sans  appel, définitive et ferme. Et il n’est pas permis à quiconque de s’en défaire et de s’en éloigner, si son cœur renferme un atome de croyance.

Méditons aussi, mes compagnons dans l’amour de Dieu,  sur les versets de l’héritage dans la Sourate des Femmes (An-Nisâ’). Dans le premier verset : « En ce qui concerne vos enfants, Dieu vous prescrit d’attribuer au garçon une part égale à celle de deux filles. S’il n’y a que des filles, et qu’elles soient au moins deux, il leur sera attribué les deux tiers de ce que laisse le défunt ; mais s’il n’y en a qu’une seule, elle en prendra la moitié. Si le défunt laisse un enfant, les ascendants, père et mère, auront chacun un sixième de l’héritage. Mais s’il ne laisse pas d’enfant, et que ses père et mère soient ses seuls héritiers, la mère aura droit au tiers. S’il laisse des frères et des sœurs, sa mère aura le sixième, après que les legs et les dettes du défunt auront été acquittés. De vos ascendants ou de vos descendants, vous ne savez pas lesquels vous sont les plus dévoués». Savez-vous par quoi le verset est terminé ? « C’est là une obligation divine à observer. Dieu est Omniscient et Sage.». Pour te dire que le partage de l’héritage de cette manière, émane du « tout Scient, Sage ». C’est Dieu, Le Glorieux, Le très Haut, qui l’a estimé ainsi. Lui, dont la connaissance embrasse toute chose. Lui, dont les actes ne se séparent pas de sa sagesse, ainsi que ses paroles et ses législations.

Le deuxième verset, qui suit, commence par la parole de Dieu qui dit : «La moitié de ce que laissent vos épouses vous revient, si elles n’ont pas d’enfants ; mais si elles en laissent, vous n’aurez droit qu’au quart de ce qu’elles laissent, après que les legs et les dettes grevant la succession auront été acquittés. Vos épouses ont droit au quart de ce que vous laissez, si vous n’avez pas d’enfants ; mais si vous en avez, elles n’auront droit qu’au huitième de ce que vous laissez, déduction faite de tout legs ou dette grevant la succession. Quand un homme ou une femme meurt sans laisser d’ascendants ou de descendants, à la survivance d’un demi-frère ou d’une demi-sœur d’une même mère, chacun de ces derniers aura droit à un sixième ; mais s’ils sont plus nombreux, ils se répartiront le tiers de l’héritage, déduction faite de tout legs ou dette non préjudiciable aux héritiers. (Telle est l’) Injonction de d’Allah !, car Il est Omniscient et Plein de mansuétude. ». Puis il enchaîne par un autre verset qui dit : « Tels sont les ordres d’Allah. Tous ceux qui obéissent à Dieu et à Son Prophète seront accueillis dans des Jardins arrosés d’eaux vives où ils demeureront pour l’éternité, et ce sera pour eux la félicité suprême. Celui qui, en revanche, désobéit à Dieu et à Son Prophète et qui transgresse Ses lois, Dieu le précipitera dans l’Enfer pour l’éternité, où un supplice avilissant lui sera infligé».

Le dernier verset dans la sourate An-Nisâ’qui a trait aux héritages  dit: « Ils te consultent, dis : Allah vous donne consultation sur l’héritage collatéral ». Le verset a commencé par la parole qui dit : « Dis : Allah vous donne consultation sur l’héritage collatéral » (Al-Kalala : c’est celui qui meurt sans laisser d’enfants ou de parents pour l’hériter). « Ils te consultent sur les droits des collatéraux. Dis-leur : «Voici ce que Dieu prescrit au sujet des collatéraux. Si un homme décède sans postérité, ne laissant qu’une sœur, celle-ci aura la moitié de l’héritage. Si c’est elle qui décède, sans laisser d’enfants, son frère aura droit à tout l’héritage. Si le défunt sans postérité laisse deux sœurs, celles-ci auront droit aux deux tiers de la succession. Mais s’il laisse des frères et des sœurs, la part d’un mâle sera égale à celle de deux sœurs.». Et puis le verset se termine par quoi ? : « Dieu vous donne cette explication pour que vous ne vous égariez pas, car Dieu a connaissance de toute chose.».

Les sentences qui réglementent les héritages sont solidement établies, et ne soufrent aucune preuve. Le Coran, malgré le fait qu’il traite d’habitude les questions d’une manière générale, laissant à la Sûnna le soin des détails,  lui réserve une analyse détaillée. Ainsi, pour les recommandations concernant la Zakat, le Coran les a traitées de manière globale et la Sûnna les a détaillées. De même pour la prière, les textes recommandent de l’accomplir sans donner de détails sur la manière et la Sûnna s’en est chargé.

Pour ce qui est des questions de l’héritage, Dieu, qu’Il soit glorifié et rehaussé, parle de la moitié, du tiers, du quart, du huitième, des deux tiers, du sixième. Un détail très étrange dans le livre saint. En fait, la méthodologie suivie dans le Coran, pour ce qui est de la législation, consiste à détailler le contenu quand il s’agit de données immuables, et de le généraliser quand il s’agit de données variables. Détailler les recommandations pour ce qui est immuable, signifie que le législateur a estimé que dans ces cas là, l’intérêt des humains est fixe, invariable, ne change pas dans le temps et l’espace et ce, conformément à la sagesse et à la science divine, et non en fonctions des humeurs des êtres humains et de leurs pensées. Ainsi, Dieu, qu’Il soit glorifié et rehaussé, a traité la question de l’héritage dans une perspective durable, selon des lois et des sentences et des versets détaillés. Quant aux questions qu’Il a jugées contingentes et dont les mécanismes sont changeants, Il les a traités selon des lois globales. A titre d’exemple : La « consultation » (Ash-Shûrâ) au sujet de laquelle Il dit : « Consulte-les quand il s’agit de prendre une décision !» et aussi « (Et ceux qui) se consultent entre eux au sujet de leurs affaires». Puis, Il a laissé les questions de détails, des mécanismes et des moyens à l’effort de réflexion des  humains, qui change en fonction du temps et de l’espace et des situations. Il a également établi des règles, qui précisent que la consultation est une obligation légale, et constitue un fondement dans la législation. Cette consultation s’exerce dans le cadre de ce qui est licite et discutable pour ce qui a trait aux voies d’application. Ainsi il n’y a pas lieu de procéder à des consultations pour les questions tranchées et fermes : « Il ne convient pas à un croyant ni à une croyante de suivre leur propre choix dans une affaire, une fois que Dieu et Son Prophète en ont décidé autrement. Quiconque désobéit à Dieu et à Son Prophète s’égare de toute évidence. ». 

« Et ton seigneur crée ce qu’il veut et il choisit. Ils n’avaient pas eux, le choix ». 

« C’est à lui qu’appartiennent la création et le commandement». 

Le pouvoir n’appartient qu’Allah. Il vous a commandé de n’adorer que Lui. Telle est la religion droite; mais la plupart des gens ne savent pas.».

La consultation se fait dans le cadre des opportunités, et des possibilités légales à choisir. Al Boukhari, que Dieu bénisse son âme, rapporte à ce sujet ce qui suit : « Après la mort du prophète, que Dieu prie sur lui et le salue, les dirigeants avaient pris l’habitude de consulter les gens fiables parmi les hommes de sciences, pour ce qui a trait aux questions licites et se dans le but de suivre la voie la plus simple. Mais dès qu’ils sont en présence d’un texte authentique émanant du prophète, que Dieu prie sur lui et le salue, ils ne le dépassent pas pour autre chose ».

En vérité, nous sommes devant deux aberrations, et les deux sont mauvaises. L’une dont les adeptes cherchent à faire des sentences fermes de la Chari’ā, et de ses monuments  immuables, des questions soumises à l’effort de réflexion et aux changements, contribuant, par là, à la destruction des bases  de la religion et de ses fondements. L’autre dont les adeptes considèrent les questions soumises à l’effort de réflexion comme des vérités intangibles, pour lesquelles, ils n’hésitent pas, à remuer ciel et terre, à engager des combats, à déclencher des incendies , et à provoquer des discordes. Alors que ces questions se prêtent à l’effort de réflexion et offrent un éventail de possibilités, si bien que les hommes de science ont pris l’habitude de dire à ce propos :

« Celui qui se voit attirer par l’une des deux opinions à propos d’une question quelconque, qu’il la suive, sans réfuter le choix de celui qui opte pour l’autre avis».

Par ailleurs, la Chari’ā n’est, dans sa totalité, que des sentences fermes, ou aléatoires. Elle comporte les deux possibilités. Un premier cercle comportant les lois et sentences fermes, qui font l’objet de l’unanimité, et qui constitue la référence. Un deuxième cercle offrant un éventail de possibilités, qui permet à la communauté de dépasser l’opinion unique,  et de s’adapter aux changements à travers le temps et l’espace.  Sachant que la religion de Dieu est un juste milieu entre les deux extrêmes : Les fanatiques et les récalcitrants.

Je prie Dieu, pour qu’Il ne nous en veuille pas pour ce qu’ont fait les insensés parmi nous, pour qu’Il nous retourne à lui en toute quiétude, et pour qu’Il nous dirige vers les meilleures œuvres. Il est l’Omnipotent. Amen.

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