Contempler l’une des scènes de la geste (La Sîrah)

Contempler l’une des scènes de la geste (La Sîrah)

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.

Contempler l’une des scènes de la geste (La Sîrah)

Imam Ahmed Limame – Imam du centre Islamique de l’Outaouais | imam@cio-oic.ca

 

Mes compagnons dans l’amour de Dieu.

Nous allons nous arrêter aujourd’hui pour contempler l’une des scènes de la geste (La Sîrah), du récit de l’épopée de la tradition islamique et l’un des tableaux de la prophétie. La scène s’ouvre sur deux personnages illustres : Sâad Ibn Mouadh, maître des Béni Abd – El –Achhal, de la tribu des Aws à Médine  et en face de lui  Oumaya Ibn Khalaf , maître des Béni-Djumàh de la tribu de Quraysh,  à la Mecque.  Ces  deux hommes étaient des amis de longue date. Ils se rendaient visite et s’enquéraient de leur état de santé. Permettez –moi de vous relater le récit tel qu’il a été rapporté par Al-Boukhari, dans son livre  Sahih : Abdallah Ibn Messaoud, que Dieu soit satisfait de lui, a dit en se référant à Sâad Ibn Mouadh : « Sâad a dit  qu’il  était l’ami de Oumaya Ibn Khalaf et que chaque fois que ce dernier passait par Médine, il se rendait chez lui.   Lui aussi faisait la même chose quand il passait par la Mecque. Quand le messager de Dieu, que Dieu prie sur lui et le salue,  est arrivé à Médine, Sâad  est parti  pour accomplir le rite de la Omra (petit pèlerinage) à la Mecque Il s’est  rendu comme à son habitude chez Oumaya Ibn Khalaf et lui  a dit : « Accorde –moi une heure de temps pour que je puisse faire  une  circumambulation  autour de la Kâaba ».  Oumaya s’est exécuté et l’a accompagné, vers le coup de midi. En chemin, ils ont rencontré Abou Jahl, qui s’est adressé à eux en disant : « Ô! Abou Safwane  (Oumaya),  qui est-ce  qui est avec toi? »  Il lui a  répondu : « Celui là c’est Sâad ». Abou Jahl s’est adressé à Sâad en disant : « Je vois que tu accomplit les circumambulations à la Mecque en toute sécurité alors que  tu as abrité les récalcitrants et tu prétends les protéger et les aider. Par Dieu, si tu n’était pas accompagné de Abi Safwan , tu n’aurais pas pu retourner dans  ta famille sain et sauf ». Sâad lui a répondu en élevant la voix : « Par Dieu, si tu m’empêches d’accomplir ce rituel, je t’empêcherai de faire  ce qui te tiens le plus à cœur,  c’est-à-dire ta voie de passage  vers la Syrie ». Oumaya  est intervenu et a dit : « Ô! Sâad, n’élève pas la voix contre Abi Al Hakam, c’est le maître des habitants de cette vallée ».  Alors Sâad lui a rétorqué : « Laisse tomber, Ô! Oumaya, par Dieu, j’ai entendu le messager de Dieu, que Dieu prie sur lui et le salue, dire  qu’ils te tueront ».  Il a dit : « A la Mecque ?» Sâad a dit : « Je ne sais pas ». Oumaya a été  pris d’une peur terrible. Quand il est rentré chez lui, il a répété à sa femme la mauvaise nouvelle en lui disant : «  Om Safwane,  tu n’as pas entendu ce que Sâad m’a dit?» Elle a dit : « Et qu’est-ce qu’il t’a dit?». Il a prétendu que Mohamed les a informés qu’ils allaient me tuer. Je lui ai demandé s’ils allaient le faire  à la Mecque, il m’a répondu qu’il ne le savait pas ». Oumaya dit alors : « Par Dieu, je ne quitterai plus la Mecque ».  Lorsque  la journée de Badr est arrivée, Abou Jahl a  donné l’alerte et  a rassemblé les gens en  leur disant : « Secourez votre caravane ». Oumaya a  manifesté son désir de ne pas répondre à l’appel d’Abou Jahl . Mais ce dernier ne l’a pas  lâché  et lui a dit : « Ô! Aba Safwane, si les gens s’aperçoivent de ton absence  alors que tu es leur maître, ils vont se démobiliser». Puis il a continué à le harceler au point qu’Oumaya  a fini par dire : « Comme tu m’as convaincu, par Dieu, je vais acheter le meilleur chameau, à la Mecque, pour l’utiliser comme monture». Ensuite, il  s’est dirigé vers sa femme et lui a dit : « Prépare mon équipement ». Elle lui a dit : « Ô! Aba Safwane, as-tu oublié ce que t’a dit ton frère de Yathrab (Médine)? Il a répondu : « Non, je n’ai pas oublié mais je ne vais parcourir que quelques pas avec eux ». Ceci  veut dire qu’il a planifié qu’il n’irait pas jusqu’au bout, qu’il  leur fausserait compagnie et regagnerait la Mecque. Quand il est sorti, il s’est employé, à chaque étape,  à enchainer sa monture, jusqu’au moment où il a été  tué au cours de la bataille de Badr.

A travers cette geste (la Sira)  et suite à cet exposé concernant la scène décrite plus haut, il y a lieu de mettre en exergue les remarques suivantes :

-La première remarque: Elle se rapporte à cette conviction inébranlable de la véracité des propos du Prophète Mohamed, que Dieu prie sur lui et le salue. En effet,dés que Oumaya a appris de la bouche de son ami Sâad, que le messager de Dieu, que Dieu prie sur lui et le salue, a  annoncé qu’ils allaient  le tuer, il a pris les choses au sérieux. Il  a paniqué et a informé sa femme qui s’est affolée à son tour. Ce qui est étonnant c’est qu’ils prennent ces propos pour une vérité  alors qu’ils refusent d’admettre que Mohamed est un messager de Dieu, comme il l’a annoncé. Comment se fait-il , qu’ils croient à ce qu’il dit, quand il leur parle de quelque chose et qu’ils refusent de le croire dés qu’il parle au nom de Dieu, qu’Il soit glorifié et exalté? Le Prophète n’aurait pas tenu à la véracité de ce qu’il a dit à propos des gens  et manquer de le faire à propos du Seigneur des hommes. Ceci prouve que la mécréance à laquelle se sont habitués leurs cœurs et leurs âmes, est tout simplement  un reniement et un refus de croire, comme il est dit dans le Coran « Et bien que convaincus dans leur for intérieur de la véracité de Nos signes, ils les nièrent par injustice et par vanité. Considère quelle a été la fin des corrupteurs. ». Dieu, qu’il soit glorifié et exalté, dit, aussi, à ce propos : « Nous savons à quel point leurs propos te chagrinent. En réalité, ce n’est pas toi qu’ils traitent de menteur ; ce sont les signes de Dieu que ces injustes traitent d’imposture.». Le reniement est un refus après un savoir. Leurs cœurs et leurs âmes savent bien que Mohamed est le messager de Dieu  mais ils le renient dans  leurs langages, par injustice, par orgueil, par esprit hautain  et par abus. Dans leur for intérieur ils étaient sûrs de la véracité des propos du messager de Dieu, que Dieu prie sur lui et le salue, la preuve est irréfutable.  La vérité est tout éclat et le mensonge est toute hésitation.

-La deuxième remarque: Le miracle du Prophète en ce lieu, c’est d’avoir annoncé que les Ançars (ceux qui ont soutenu le Prophète) vont  tuer Oumaya Ibn Khalaf. Il n’aurait pas agi de la sorte, c’est-à-dire qu’il n’aurait pas pris  le risque d’affirmer un événement futur improbable, sans avoir été informé par Dieu, qu’Il soit glorifié et exalté et sans être sûr d’avoir une révélation infaillible de la part de Dieu.  Autrement dit, si Oumaya  était mort dans son lit  ou dans autre  endroit, les gens auraient eu, pour une fois, la preuve que Mohamed a été informé de quelque chose qui s’est avérée fausse. Mais là n’était pas le cas et c’était la preuve que le messager de Dieu avait pris l’information d’une source divine  infaillible : « Qui donc serait plus véridique  qu’Allah dans ses dires ?». « Qui serait –il plus véridique qu’Allah dans son discours ? ». « Qui donc tient promesse mieux qu’Allah ?». Et puis  la parole  du Prophète, que Dieu prie sur lui et le salue,  s’est accomplie.  Quant à Oumaya, en dépit de la mise en garde, de ses précautions, du rappel de sa femme  et de la certitude de son for intérieur, n’a pas  pu échapper à son destin.  Il a quitté  sa maison pour retrouver la mort. Il a quitté sa maison, après avoir pris soin d’acheter la meilleure monture et  de s’équiper. Mais rien de tout cela n’a  modifié son destin, ni son argent, ni ses proches  et ni ceux qui l’ont poussé à s’engager sur cette voie périlleuse. C’est que le destin de Dieu finit toujours par triompher : «Certes, Allah réalisera Sa parole. Allah a établi une mesure pour toute chose».

-La troisième remarque: Elle se rapporte à l’habileté qui caractérisait Abou Jahl   qui disposait d’une force de persuasion indéniable. Cette force,  il l’a mise en œuvre pour venir à bout de la résistance d’Abou Safwane, en l’amadouant et en le flattant  afin d’alimenter la discorde et de raviver les tensions. En effet, quand il a remarqué l’hésitation et la peur d’Abou Safwane, il lui a dit : « Ô!   Aba Safwane, tu es le maître des habitants de cette vallée (oued), si tu ne réponds pas à l’appel, les gens vont te suivre et si tu restes chez toi les gens vont faire de même et personne ne sortira avec nous. C’est là une occasion favorable pour mettre un terme au différend. Mais,  quand il s’est aperçu du refus  catégorique d’Abou Safwane, il lui  a proposé de les accompagner juste une partie du chemin, afin de ne pas démobiliser les gens. C’est-à-dire de marcher avec eux une ou deux journées et de rebrousser chemin quand il le veut. Cependant, au fond de lui-même, Abou Jahl savait, qu’une fois sorti, Oumaya n’oserait plus retourner même au prix de sa vie, car c’était là un affront à sa dignité et un scandale dans la culture arabe.  Ainsi donc, grâce à son habileté et à sa ruse,  Abou Jahl a fini par prendre  le dessus , ce qui confirme le fait que les leaders des causes injustes figurent au devant de la scène en tout temps  et que les imams de l’égarement et de la discorde ne manquent pas d’ingéniosité, de moyens et d’énergie pour mener à bout leurs projets néfastes pour égarer les gens. De cette façon, la preuve de leurs forfaits est indéniable. Dieu, qu’Il soit glorifié et exalté, dit à ce propos : « Et ils dirent : Si nous écoutions ou si nous raisonnions, nous ne serions pas parmi  les condamnés au feu embrasé ».

-La quatrième remarque: Est très importante en ce lieu, car elle confirme l’existence de relations humaines entre musulmans et non musulmans en dépit des vicissitudes. En effet, Sâad Ibn Mouadh entretenait toujours des relations amicales avec Oumaya Ibn Khalaf. Ils se rendaient visite. Oumaya faisait toujours une halte chez Sâad Ibn Mouadh, à Médine avant de poursuivre sa route vers la Syrie   et passait des journées comme hôte. Sâad faisait de même quand il se rendait pour une Omra à la Mecque. Ainsi donc, les relations humaines ne s’estompent pas, quelles que soient les conditions. Pour nous aussi, tout en étant arabe de par notre filiation et musulman de par notre religion, nous faisons bel et bien partie de la communauté humaine au sens large et sur le plan des relations internationales. Ce qui veut dire que l’appartenance identitaire ne peut en aucun cas conduire à l’ostracisme et à la réclusion, mais qu’elle doit  toujours permettre  de se retrouver sur la base d’une entente plus large, qui met en avant le côté humain. Cette attitude est d’ailleurs attestée à travers plusieurs cas au cours de l’histoire musulmane. Ainsi, on a rapporté, qu’Asmaa Bint Abi Bakr a reçu la visite de sa mère encore mécréante. Elle est allée   auprès du Prophète, que Dieu prie sur lui et le salue, et lui a demandé si elle pouvait la recevoir, alors le Prophète lui a  intimé l’ordre de le faire. Ceci  confirme la persistance de ces relations en dépit des changements et des divergences de croyance. A ce propos, Al Boukhari et Moslem ont rapporté, que Abdarrahmane Ibn ‘Auf , que Dieu soit satisfait de lui,  a  dit : «  J’ai envoyé une lettre de Médine, à Oumaya Ibn Khalaf qui se trouvait  à la Mecque, lui proposant de sauvegarder mes bijoux , et que je ferai de même pour les siens à Médine ». Ces relations humaines ne se limitaient pas à ce niveau, mais se développaient plus, comme l’atteste l’attitude d’Ibn A’uf au cours de la bataille de Badr. En effet, Ibn Auf a tenté de protéger Oumaya Ibn Khalaf en s’interposant entre lui et les combattants avec à leur tête Bilal.  Ces derniers ont, quand même, réussi à le transpercer malgré la protection corporelle qu’a tenté de faire Ibn ‘Auf en l’enveloppant de son propre corps. Ceci confirme la réalité de ces relations humaines malgré les clivages  au niveau des croyances.

Dernière remarque : Sâad a été  autorisé par le messager de Dieu, alors qu’il  était âgé de trente ans, et converti à l’islam depuis seulement trois années, à aller à la Mecque. La Mecque, qui était, en ce temps, terre ennemie  (Dar Harb)  où on cultivait une haine viscérale à l’égard du Prophète et de l’islam  et où on se préparait à lui faire la guerre. Il est à noter que le Prophète n’a eu aucune crainte à autoriser Sâad à y aller quand même. C’est qu’il était sûr de  l’éducation de  Sâad et de ses semblables, au point qu’il était convaincu que rien ne pouvait  l’influencer ni lui faire changer d’attitude vis-à-vis de sa nouvelle religion  et ce en dépit de ce qui se tramait à la Mecque contre l’islam. Et c’est ce qui a été constaté par la suite.  En effet, non seulement, Sâad est resté de marbre devant les tentatives de séduction, il mais semble réciter : « Voilà ce qu’Allah et Son messager nous avaient promis; et Allah et Son messager disaient la vérité ». Et cela ne fit que croître leur foi et leur soumission.»

Je prie Dieu, pour vous et pour moi afin  qu’Il nous guide sur la voie du succès et de la clairvoyance,  Ô! Dieu des Univers.

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